A la rencontre du Roi du Bop

Livre

Le Roi René : René Urtreger par Agnès Desarthes. Editions Odile Jacob. Paru le 27 avril 2016

C’est en mars 2015 qu’Agnès Desarthe rencontre pour la première fois René Urtreger. Elle voit immédiatement en lui un vrai personnage de roman et lui propose d’écrire un livre à partir de sa vie, véritable épopée. René, à 81 ans, « se souvient de tout. Le pire lui revient, avec le meilleur. » Le pire ? La guerre, bien sûr, et la mort de sa mère, Sarah, gazée à Auschwitz. L’enfer de la drogue, ensuite, les piqûres d’héroïne dont il porte encore les traces, cette « pourriture » qui le mènera de cures inutiles en rendez-vous manqués, de sessions décevantes en enregistrements râtés. « Quand tu es stone, putain, on dirait un amateur », lui dira un jour Stan Getz. Et le meilleur alors ? La révélation du be-bop de Charlie Parker et de Bud Powell. Lui qui, jusqu’alors, avait une très bonne formation classique, a su ce jour-là que le bop serait la musique de toute sa vie. On est subjugué par le nombre incalculable de rencontres qui ont jalonné la vie de René Urtreger : Miles Davis, Kenny Clarke, Lionel Hampton, Quincy Jones, Clifford Brown, Billie Holiday, Chet Baker, Monk, Lester Young, Stan Getz, Art Blakey…Si le Paris des années 50 est la capitale mondiale du jazz, René en est incontestablement le Roi ! Au fil de ses entretiens avec le pianiste, Agnès Desarthe tisse un portrait émouvant et très attachant de cet homme aux discours toujours francs et souvent très drôles, qui continue aujourd’hui à transmettre sa musique en jouant avec la jeune génération du jazz français, comme Géraldine Laurent ou Airelle Besson. Un livre passionnant !

Extrait : une rencontre décevante dans la vie mouvementée de René Urtreger : celle de…John Coltrane ! : « Je vais me faire haïr, mais tant pis. Coltrane, il était capable de jouer un morceau pendant une heure. Il a ouvert la voie à des gens qui savent pas s’arrêter. Moi, j’ennuie jamais les gens. (…) Un jour, au début des années 1960, Miles m’appelle. Il habitait à l’hôtel Claridge avec sa femme, Frances. Viens, me dit-il. On va manger dans la chambre. On arrive avec Marianne. Il y avait Paul Chambers, Wynton Kelly et Jimmy Cobb. Tout le monde était là à grignoter ensemble. Mais dans l’entrée, mangeant deux œufs au plat, il y avait John Coltrane, seul. Je ne sais même pas s’il nous a dit bonjour. »

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