Monk et les chats sauvages

    Le « fuzzing » est un système servant à vérifier les logiciels : il consiste à injecter des données aléatoires dans les entrées d’un programme. L’incroyable duo, présenté vendredi soir à la Ferté-Macé par les trottoirs mouillés, en a fait sa métaphore de l’improvisation. Fuzzing cats, ou quand jazz et humour ne font qu’un… Guillaume Lavergne, aux claviers, et Fabienne Déroche, au chant et à la vielle électroacoustique, alternent compositions originales, jeux d’improvisation et reprises. Et c’est là que leur jazz devient vraiment drôle car, comme le dit Guillaume, la vielle à roue n’était pas prévue dans le be-bop… C’est donc le visage facétieux et humoristique de Monk qui affleure dans les réécritures de We seeBye-Ya et surtout Brilliant Corners, où le même thème est joué plusieurs fois sur différents tempo. Si, parfois, le son de la vielle peut faire penser à celui du violon jazz, il devient nettement plus grinçant et surprenant dans les improvisations du duo. Les différentes capacités de l’instrument sont exploitées au maximum. Jeux de cordes qui s’imbriquent les uns dans les autres… manivelle ou pizzicato… Ainsi Le conciliabule des choucas, composition de Guillaume, fait entendre, après une introduction pleine de mystère aux claviers, une improvisation de Fabienne à la limite du free jazz, héritage revendiqué et assumé, comme le montre l’hommage à Eric Dolphy (Booker’s waltz). Fabienne, ayant plus d’une corde à sa vielle, a également écrit les paroles de plusieurs chansons originales du duo (Averse en villel’ombre du chat) et alterne scat joyeux et textes en français ou en anglais, dont l’émouvant Falling Grace de Steve Swallow. Entre be-bop et free jazz, Fuzzing cats nous a prouvé ce soir, en quelques tours de manivelle, que la vielle à roue était bien compatible avec le logiciel du jazz.

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