Tous debout !

    Laurent Dehors et Michel Portal étaient, dimanche dernier, à Bagnoles de l’Orne, les invités du dernier concert du 34ème « Septembre musical de l’Orne ». L’ensemble de Laurent Dehors, « Tous Dehors », créé à Rouen il y a vingt ans, est étonnant à bien des égards. D’abord, ses huit musiciens jouent tous au moins deux instruments : le tromboniste est aussi pianiste (Bastien Stil), les clarinettistes sortent leurs multiples saxophones, du basse au soprano (Laurent Dehors, Damien Sabatier, Catherine Delaunay, Gérald Chevillon), la guitare alterne avec le banjo (Denis Chancerel), le xylophone avec le vibraphone (Jean-Marc Quillet). Même le batteur (Franck Vaillant) jongle avec deux jeux de batteries (une classique et une électrique). Et quand tous ces instruments deviennent un peu lourds, on sort la flûte, l’harmonica, le tambourin et les bruits de bouche. Notons enfin que l’ensemble était accompagné du tout jeune, mais déjà talentueux guitariste, Gabriel Gosse. Tout cela donne un ensemble joyeux et inventif qui déjoue les attentes du public, dès le premier morceau, annoncé pourtant comme un stride traditionnel (Carolina). Si le son du trombone bouché et des deux clarinettes ne nous surprennent pas, très vite le vibraphone, la batterie et la guitare électrique apportent un vent de modernité. Avec beaucoup d’humour, Laurent Dehors invite ensuite le public à danser sur une valse (Valence valse)… qui se déstructure complètement. Pas facile alors de retrouver les trois temps ! Les improvisations contemporaines ne sont jamais très loin du free jazz, le son est parfois très rock. Mais qu’on ne s’y trompe pas : tout est parfaitement cadré, et c’est cela qui émerveille : ce contraste entre cette grande liberté dans les improvisations et ce rythme minuté, d’une implacable précision. Tout est donc parfait pour accueillir, un peu plus tard dans la soirée, Michel Portal, dont la clarinette emmène l’ensemble vers un rêverie inattendue et davantage de douceur dans les improvisations. Il parviendra même à imposer de beaux silences irréels. Malgré tout, il sait s’adapter à l’esprit facétieux du big band, comme dans le drôle de morceau intitulé J‘ai trois ans et je dis non. Avec lui, sur scène, les musiciens s’amusent, rient, et jouent, dans une bonne humeur contagieuse et enthousiasmante, des compositions aux titres limpides : Triste est un morceau… triste…Disco  une composition… disco. Mais c’est, on l’a compris, pour mieux égarer l’auditoire. Alors, à la fin du concert, le public est tenté de reprendre l’exclamation admirative de Laurent Dehors face à ses musiciens : quel orchestre !

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