Au sommet du jazz européen

Album

Emile Parisien Quintet with Joachim Kühn Sfumato

Sfumato. Emile Parisien. Octobre 2016. ActMusic

Enregistré pendant trois jours au studio de la Buissonne (lire à ce sujet le reportage du numéro d’octobre de Jazz magazine), Sfumato est le dernier album d’Emile Parisien, qui signe la majorité des compositions. Ce nouveau quintet s’est formé un soir d’août 2015, sur la scène de Marciac, lorsque Emile Parisien, Manu Codjia, Simon Tailleu et Mario Costa ont rencontré le légendaire pianiste allemand, Joachim Kühn. A ce quintet idéal se joignent le compère de toujours, Vincent Peirani, et l’immense Michel Portal. Le résultat  (« sorte de patchwork où l’on retrouve beaucoup de choses que j’aime » selon Emile Parisien) est un chef d’oeuvre et montre, une fois de plus, que le jazz européen en général, et français en particulier, se porte bien. Sfumato s’ouvre et se clôt sur deux très belles ballades, Préambule, à la mélodie plaintive et lancinante jouée au soprano, et Balladibiza, qui nous fait entendre le jeu magistral de Kühn. Entre les deux, la musique déborde d’énergie : rythme effréné, groove entraînant  aux accents bop (Poulp), mélodie impressionniste (Arôme de l’air ) ou nettement plus rock (Umckaloabo). L’album met en valeur l’ensemble des musiciens, le leader et le pianiste, bien sûr, mais  aussi le jeune batteur portugais, Mario Costa, au rythme implacable et nuancé, le contrebassiste Simon Tailleu, qui nous livre un magnifique solo dans Poulp, et la belle guitare de Manu Codjia. Au coeur de l’album, une composition originale, Le clown tueur de la fête foraine, suite en trois parties, dans laquelle interviennent les deux invités prestigieux. L’introduction lente, en forme de valse jouée par Vincent Peirani, pose le décor de la fête foraine, joie rompue par l’arrivée du clown tueur (Michel Portal à la clarinette basse) qui s’avance à grandes enjambées inquiétantes ; le troisième volet est une course-poursuite virtuose. Cette suite se présente finalement comme un condensé de l’album : un sommet d’inventivité, d’énergie et d’intelligence. Et par-dessus tout, il y a ce son, magnifique et puissant, d’Emile Parisien qui, à lui seul, à à peine trente ans, d’albums en concerts, redonne  ses lettres de noblesse au saxophone soprano.

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