« Un soir, un ange s’est posé sur mes épaules… »

       C’est par ces mots que Rénald Fleury entame le scat endiablé qui viendra clore le magnifique concert du quartet Ron é Ben, samedi dernier à Messei. Une prestation magistrale qui a enthousiasmé un public comblé face à quatre excellents musiciens, Rénald Fleury (contrebasse), Jean-Benoît Culot (batterie), Emmanuel Dupré (piano) et Baptiste Herbin, si jeune et pourtant déjà reconnu par ses pairs comme un grand saxophoniste au son démentiel. Dans le premier set (suite de quatre compositions d’Ellington) les musiciens nous ont offert un jazz à la fois classique et renouvelé. Car si le swing de Satin doll ou de Take the A train, nous est familier, ces quatre-là nous emmènent très vite ailleurs, en apportant un soin tout particulier à l’introduction de chacun de ces morceaux que l’on pensait connaître par coeur et que l’on redécouvre : belle improvisation lyrique du pianiste (Take the A train), très émouvant solo du saxo solitaire (Solitude) ; quant au mythique Caravan, il est précédé d’un long poème de Victor Hugo (Chanson de pirates), déclamé avec coeur et conviction par Rénald Fleury, en parfait flibustier. Les morceaux s’enchaînent, sans pause, tour à tour paisibles ou survoltés, transcendés par la sonorité incroyable de Baptiste Herbin (au ténor ou au soprano). Offrant un répertoire plus moderne et contemporain (Monk, Davis, et deux compositions de Jean-Benoît Culot Swing for John et de Baptiste Herbin Ballade pour Jackie Maclean), le deuxième set est aussi plus facétieux, comme l’interprétation de Monk’s dream où l’on voit maracas et claquettes accompagner la belle introduction de Rénald Fleury. On pense aussi à l’étonnante version de Freddie Freeloader, dans laquelle Baptiste Herbin, sans doute lassé de devoir choisir entre le ténor et le soprano, embouche ses deux instruments à la fois. Anges ou pirates, ils sont repartis, transportant sur leurs ailes les quatre-vingts rameurs, la fille du capitaine, le Sultan et le saxophone à deux têtes, vers les hautes, très hautes, sphères du jazz.

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