Que la montagne est belle

        La photo de l’album donne le ton et installe l’ambiance… On aurait dû se méfier. Les « montagnes russes » de Daniel Zimmermann ne sont pas de vertes collines riantes, ni les pentes grandioses du Mont Blanc. La montagne que Daniel grimpe, son étui à trombone pour seul bagage, c’est un terril du Nord. Si, si. Vous voilà prévenus. La vie, c’est rude, c’est dur comme la terre des corons. Profitez des hauts, parce que les bas de la dépression ne sont jamais loin.  Samedi 14 avril, pourtant, à la salle Louaintier de Flers, le quartet de Daniel a mis en transe  des spectateurs ravis et heureux d’assister à ce concert exceptionnel. Placé d’emblée sous le signe de l’amitié ( hommage à Mr Squale et- accessoirement- à Patrice de Trottoirs Mouillés, quasi-sauveur du concert grâce à son débouche-évier, prêté in extremis), le premier set commençait plutôt joyeusement. Les magnifiques compositions du tromboniste permettent d’apprécier la belle harmonie au sein du groupe,  où  chacun peut tenir des parties de solos particulièrement remarquables : la belle guitare de Pierre Durand dans  Mountain girl (référence au cinéma des frères Coen) et l’émouvante basse de Stéphane Decolly dans Mademoiselle (pour Angèle, la fille de Daniel Zimmermann). Oui, mais les montagnes russes finissent toujours par redescendre… Dans le nu de la vie, Rwanda, 1993… Une composition  à l’effet particulièrement impressionnant, qui a laissé un public sans voix, hypnotisé par la batterie martiale et inquiétante de Julien Charlet, batteur à l’énergie incroyable.  Pour le deuxième set, on ne se fera pas avoir. C’est bon, on a compris votre manège : un coup en haut, puis un gros coup en bas. Et pourtant, l’effet est magistral. Parce qu’après le magnifique Come on, baby, ode « au profitage de la vie », qui ménage de beaux contrastes entre les solos lyriques de Pierre Durand et la batterie survoltée de Julien Charlet, Daniel Zimmermann tire à nouveau tout le monde vers « la profonde dépression » de Tiens, aujourd’hui il ne fait pas beau. Ah ! ah, laissez-nous rire… Chez nous, ça fait six mois qu’il pleut, on est blindés… Ah non, en fait… Le morceau parvient encore à  nous faire pleurer. Mais afin de ne pas laisser les pauvres Normands s’apitoyer sur leur propre sort (ça fait vraiment cet effet là, quand il pleut ?), le diabolique quartet remonte la pente avec Mamelles, retour aux sources de leur musique, entre blues, jazz et funk. On sort bluffé, sonné, et…heureux. Pour la dépression messieurs, c’est raté. Nous sommes tous restés en haut de la montagne. Je ne vois qu’une solution : il faudra que vous repassiez un jour pour nous faire descendre !

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