Frères amis

         Le dernier concert du très beau festival ornais du Septembre musical est traditionnellement dévolu au jazz dans la salle de Bagnoles de l’Orne. La trompettiste Airelle Besson ayant dû être déprogrammée, c’est sur ses conseils avisés que les organisateurs firent appel aux frères Enhco, David le trompettiste, Thomas le pianiste.  Il est rare d’être témoin d’une telle complicité sur scène. Si c’est le quartet de David qui fut invité, avec Gautier Garrigue à la batterie et Jérémy Bruyère à la contrebasse, le petit frère s’est largement incrusté, pour notre plus grand plaisir, puisque tout d’abord il a remplacé Roberto Negro, le pianiste du quartet, qu’ensuite ses compositions originales ont alterné avec celles de David. Pendant près de deux heures, les deux frangins ont en tout cas eu l’air de bien s’amuser, larges sourires aux lèvres, rivalisant d’énergie : belle trompette feutrée dans Novembre ou encore dans la sublime ballade Childhood memories, de David Enhco ; virtuosité de Thomas dans Gaston, hommage aux accents bop qu’il a composé pour le chien de la famille, ou dans son exceptionnel Outlaw. Gautier Garrigue et Jérémy Bruyère ne sont pas en reste : connivence évidente entre Gautier et David au buggle dans le brillant concerto pour batterie Séquence ; très belle mélodie jouée à l’archet par Jérémy dans l’introduction de l’orientale Wadi Rum, fruit d’une nuit passée dans le désert Syrien.  Les morceaux, non dénués d’ironie,  sont extrêmement travaillés, ciselés et révèlent un grand sens de la construction, une maîtrise de l’improvisation à couper le souffle. Chaleureuse ovation du public, deux rappels, et voilà deux improvisations totales sur les feuilles mortes et des reprises d’Aznavour. Les frères Enhco, déjà largement reconnus, nous ont prouvé ce soir, une fois de plus, qu’ils sont la génération montante du jazz français.

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