Citoyen du monde

Au milieu du concert, pendant un instant, Avishaï Cohen ne sait plus où il est. La veille il était à Prague, bientôt ce sera Berlin, puis Londres… Nous mesurons alors la chance inouïe que nous avons de voir ce soir, au quai des Arts d’Argentan, cet immense musicien voyageur. Après avoir expliqué son périple, le contrebassiste repose son micro ; ce sera la seule fois qu’il s’adressera explicitement à nous. Et pourtant, le lien que ce fabuleux trio tisse avec le public pendant près de deux heures est l’un des plus forts jamais vus sur une scène de jazz. Reprenant dans un premier temps plusieurs compositions de ses albums précédents (notamment From Darkness), Avishaï Cohen prend un immense plaisir à développer ses improvisations avec une dextérité prodigieuse sur des mélodies particulièrement lyriques. Entre musique classique et hard-bop, cette première partie au rythme bien affirmé nous permet aussi de découvrir les nouveaux compères de son trio, le pianiste azerbaïdjanais Elchin Shirinov, d’une virtuosité saisissante, et le batteur Noam David, « the master of groove ». La seconde partie présente, en avant-première, de larges compositions du prochain album du trio, Arvolès, qui sort en juin. On sent alors un changement d’atmosphère. Avishaï Cohen puise là dans ses racines. « Arvolès »… « Arbre » en ladino, la langue romane des Juifs Séfarades. On comprend alors le retour aux belles mélodies orientales, aux chansons traditionnelles séfarades, volontiers jouées à l’archet. L’énergie, le rythme, les influences extraordinairement variées, mais surtout l’omniprésence de la contrebasse, ramenée définitivement au premier plan, révolutionnent l’art du trio et placent Avishaï Cohen, artiste déjà adulé, d’ores et déjà parmi les jazzmen les plus influents du XXIème siècle.



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