JSLP(1) : Ron Carter « Foursight »

L’une des dernières légendes vivantes du jazz. Un véritable privilège. En écoutant Ron Carter ce soir-là, on s’est dit que ce grand monsieur de 82 ans a tout connu, le pire comme le meilleur. Né en 1937, il a forcément été confronté à la ségrégation, lui qui, enfant de Détroit, a dû abandonner le violoncelle, instrument « trop blanc », pour la contrebasse. Après avoir côtoyé les grands noms du jazz, cet immense musicien a gardé intacte toute son énergie, et c’est devant 1300 spectateurs ébahis qu’il joue encore, de façon magistrale, entouré de trois musiciens particulièrement doués. Ce soir-là, c’est un « hommage à ceux qui sont partis », au premier rang desquels Miles Davis : reprises de Flamenco sketches, de 595, de Mr Bow Tie, ou encore magnifique interprétation de My Funny Valentine, à jamais immortalisé par le trompettiste. Que de souvenirs de la grande période du jazz ! Puis Ron Carter reprend ses plus belles compositions, le très swing Saguara ou la mélancolique Little Walz. Les morceaux s’entremêlent dans un long jeu de citations, et on reste émerveillé devant les solos du contrebassiste, au son reconnaissable entre tous, qui interprétera de façon incroyable la première suite pour violoncelle de Bach. La grandeur d’un musicien se mesure aussi à sa capacité à bien s’entourer : les belles envolées de Jimmy Greene au ténor et le swing impeccable de Payton Crossley le confirment, et surtout le son quasiment « evasnien » de la pianiste canadienne Renee Rosnes. Le dernier morceau est, quant à lui, un hommage au public, l’un des plus beaux standards du jazz, You and the night and the music, dans sa version rapide. Que dire après un concert pareil ? Qu’il va falloir (ré)écouter les quelques 2500 albums ( un record !) du grand Ron Carter, incarnation mythique du jazz américain, véritable histoire du genre à lui tout seul.