JSLP (2) : Alfredo Rodriguez, Pedrito Martinez

Un délire totale. En plein après-midi, les deux musiciens cubains, le pianiste Alfredo Rodriguez et le congaceros Pédrito Martinez ont mis le feu au théâtre de Coutances. En mission en terre française, pour les trois plus grands festivals de jazz (Marciac, Vienne, Coutances), les deux représentants de la nouvelle scène latin jazz ont joué, dansé, sauté, chanté, crié pendant près de deux heures face à un public survolté venu écouter leur dernier album, Duologue. Côté pile, Alfredo Rodriguez, pianiste de formation classique, découvert par Quincy Jones, développe de magnifiques mélodies avec une virtuosité à couper le souffle ( the invasion parade, entre autre) ; côté face, le congaceros survolté, Pédrito Martinez, formé dans les rues de la Havane, ahurissant dans la version cubaine de Thriller (délire absolu du public…), revendiquant aussi ses racines africaines dans le beau Africa. Les deux se complètent à merveille. Mais que l’on ne s’y trompe pas : le concert, aussi exaltant et entraînant soit-il pour le public, n’en est pas moins émouvant à plusieurs reprises, par son répertoire souvent mélancolique (Quizas, quizas, quizas, repris doucement par le public), par ses thèmes éternels (Cosas del Amor), surtout par l’origine et l’histoire des deux musiciens. Et on a beau avoir chanté à tue-tête avec eux, on n’en est pas moins ému par leur reprise de Yo Volvere, hymne des émigrants du monde entier, à commencer par les deux musiciens eux-mêmes, exilés aux Etats-Unis, loin de leur terre natale, depuis de nombreuses années. Et alors on se souvient que si latin jazz rime avec fête, gaieté et danse, la « saudade » éternelle du continent sud américain n’est jamais bien loin…