The barefoot lady

La dame aux pieds nus, c’est bien sûr Rhoda Scott, l’immense organiste, venue en voisine (elle habite la Sarthe, après avoir vécu dans l’Orne pendant de nombreuses années) sur la scène de Bagnoles , pour le dernier concert de la saison 2019 du prestigieux festival Septembre Musical. La première partie était sans nulle doute la plus surprenante et intéressante. Accompagnée du jeune batteur Thomas Derouineau, Rhoda nous a présenté plusieurs extraits de son futur album. On le sait, les influences de l’artiste sont multiples, à l’image de la séduisante Valse à Charlotte, entre spirituals, boogie et valse classique ; de même, sa reprise particulièrement dynamique et dansante du Watch what happens de Michel Legrand prouve que bossa nova et orgue hammond se marient très bien ensemble. Le jeune batteur, qui est à bonne école, n’est pas en reste ; particulièrement subtil dans le Come Sunday de Duke Ellington, il sait installer une ambiance calme et sereine aux balais, laissant se déployer la solennité de l’orgue, qui se fait alors presque religieux . Changement d’atmosphère, Thomas Derouineau offre ensuite un solo très swing dans l’immortel Caravan. La seconde partie de ce beau concert est plus traditionnelle, mais tout aussi enthousiasmante. La chanteuse américaine Leslie Lewis insuffle le blues à un public conquis : Nina Simone, Ray Charles, avant de faire chanter le fameux When the Saints à des spectateurs pas si mauvais ou encore Hallelujah, l’hymne mythique de Leonard Cohen, repris par les trois musiciens. Blues, chansons, spirituals et jazz… bref, un condensé qui nous plonge dans les racines éternelles de Rhoda Scott, fille de pasteur noir du New Jersey, devenue, à 82 ans, la plus grande organiste jazz du monde.